The French Dub of Naruto: Every Voice Actor Behind the VF
Derrière Naruto, Sasuke et Kakashi, il n'y a pas des comédiens parisiens mais une troupe belge. La version française de la série a été enregistrée à Bruxelles, dans trois studios successifs, sur près de vingt ans et plus de sept cents épisodes. Ce guide retrace les trois vagues de doublage, de la première série animée à Boruto, détaille qui prête sa voix à qui, explique les rares changements d'interprète en cours de route et revient sur les choix d'adaptation qui ont donné à la VF son vocabulaire.
Une version française née à Bruxelles
La version française de Naruto n'a jamais été enregistrée à Paris. Elle a été fabriquée à Bruxelles, dans des studios de doublage belges, par une troupe dont la plupart des noms restent inconnus du grand public. Ce détail de géographie explique une bonne partie de ce que le spectateur francophone entend à l'écran : la taille du casting, la façon dont les rôles secondaires sont répartis, la couleur de certaines interprétations. Vingt ans après les premiers enregistrements, la même équipe est toujours devant le micro.
Le doublage belge francophone ne fonctionne pas comme le doublage parisien. Les équipes y sont plus resserrées, les plannings plus longs, et un comédien engagé sur une série au long cours y reste le plus souvent jusqu'au bout. Sur une production de plusieurs centaines d'épisodes, cela signifie qu'un même interprète porte dix, vingt, parfois quarante personnages. La contrainte est budgétaire autant qu'organisationnelle, mais elle produit un effet secondaire précieux : les voix se répondent parce qu'elles se connaissent.
Deuxième particularité belge : le directeur artistique double lui aussi. Jean-Pierre Denuit dirige les cent six premiers épisodes tout en prêtant sa voix à Shikamaru Nara, à Rock Lee et au chien Akamaru. Julie Basecqz dirige l'intégralité de Shippuden et de Boruto, et signe dans le même temps une quarantaine de rôles. Le cumul existe aussi ailleurs, mais il est ici la règle plutôt que l'exception, sur des plateaux où l'on compte les comédiens disponibles.
Le vocabulaire, lui, n'a pas été inventé en cabine. Il vient du manga publié par Kana, maison créée en 1996 à l'initiative d'Yves Schlirf, libraire bruxellois proche du groupe Dargaud, avec des équipes réparties entre Paris et Bruxelles. La traduction papier commence en mars 2002, soit près de quatre ans avant l'arrivée de l'anime doublé. Les noms de personnages, les techniques et les institutions du village de la Feuille étaient donc fixés avant le premier jour d'enregistrement.
Reste l'échelle du chantier. Sept cent vingt épisodes pour les deux premières séries, onze longs métrages, puis près de trois cents épisodes de suite animée : peu de productions doublées en Belgique francophone atteignent ce volume. Le résultat tient de l'exploit artisanal. Une poignée de comédiens, trois studios successifs, deux décennies de séances, et une continuité vocale que très peu de séries longues parviennent à préserver d'un bout à l'autre.
Cette continuité a une conséquence directe sur l'écoute. Qui reprend la série à un épisode tardif reconnaît aussitôt les timbres entendus quinze ans plus tôt. Là où d'autres franchises longues accumulent les ruptures de casting, la version française de Naruto se comporte comme une troupe de théâtre : les mêmes acteurs, dans les mêmes rôles, vieillissant en même temps que leurs personnages. C'est rare, et cela s'entend.
Vingt ans de version française, de Kana à Boruto
1996Kana ouvre à BruxellesYves Schlirf, libraire bruxellois proche du groupe Dargaud, fonde le label manga qui publiera la série en français.
Mars 2002Le manga en françaisKana lance la publication en France. Le lexique français des personnages et des techniques se fixe pour de bon.
3 octobre 2002Départ japonaisTV Tokyo diffuse le premier épisode de la série animée. La France attendra encore un peu plus de trois ans.
2 janvier 2006La VF arrive sur Game OneLes épisodes enregistrés en Belgique sont diffusés pour la première fois sur la chaîne française.
Épisodes 1 à 106Made in Europe, direction DenuitLe studio bruxellois installe le casting principal sous la direction artistique de Jean-Pierre Denuit.
Épisodes 107 à 156Emmanuel Lienart prend la suiteLa direction artistique change de main sans que le casting principal soit modifié pour autant.
3 octobre 2007Version intégrale sur NT1Après une diffusion allégée sur Cartoon Network, la série repasse en version non coupée sur la TNT.
Épisodes 157 à 220Sonciville et Julie BasecqzLe chantier change de studio. La nouvelle directrice artistique ne lâchera plus la franchise.
5 septembre 2008Shippuden débarqueGame One lance la seconde série. Cinq cents épisodes restent à enregistrer, cette fois au studio Chinkel.
2009 à 2012Les films passent en françaisGame One diffuse un à un les longs métrages doublés, souvent le dimanche, des années après leur sortie japonaise.
Épisode 320Kakashi change de voixJean-Michel Vovk succède à Lionel Bourguet sur le ninja copieur, en pleine quatrième grande guerre ninja.
7 février 2018Fin de Shippuden en FranceGame One achève la diffusion française de la seconde série, douze ans après le tout premier épisode.
28 mai 2018Boruto en version françaiseLa troupe reprend du service pour la génération suivante, toujours chez Chinkel et sous la même direction.
17 novembre 2023La VF devient jouableStorm Connections sort avec un doublage français assuré par les voix officielles de la série animée.
17 octobre 2024Dernier épisode de Boruto en VFGame One clôt la diffusion française de la suite animée après plus de six ans d'antenne.
La première série : deux studios, trois directions artistiques
Les deux cent vingt épisodes de la première série animée n'ont été doublés ni dans un seul lieu ni sous une seule autorité. Le chantier démarre au Studio Made in Europe, à Bruxelles, qui prend en charge les épisodes 1 à 156. L'adaptation des dialogues n'est pas l'œuvre d'une seule plume : une vingtaine d'auteurs se relaient sur les 220 épisodes, parmi lesquels Émilie Barbier, Françoise Boublil, Aziza Hellal, Flora Seeger ou Nadine Sobania Lefeuvre. Ce sont eux qui posent la langue française de la série : le registre des enfants, les niveaux de politesse, la longueur des répliques calées sur la bouche des personnages.
La direction artistique se relaie en cours de route. Jean-Pierre Denuit tient les cent six premiers épisodes, ceux de l'Académie, de la mission au pays des Vagues et de la première moitié de l'examen chûnin. Emmanuel Lienart prend le relais des épisodes 107 à 156. Puis la production bascule au Studio Sonciville pour les épisodes 157 à 220, sous la direction de Julie Basecqz, qui ne quittera plus le poste.
Ce déménagement aurait pu casser la continuité. Il n'en fait rien. Les voix principales suivent le changement de maison, et l'équipe 7 reste rigoureusement identique d'un studio à l'autre. Ce qui varie, c'est plutôt la répartition des seconds rôles : chaque directeur artistique arrive avec ses habitudes et son carnet d'adresses, et certains personnages épisodiques passent d'une voix à l'autre sans que le spectateur y prête attention.
Le casting installé pendant ces années est celui qui tiendra vingt ans. Carole Baillien pour le héros, Christophe Hespel pour Sasuke, Maia Baran pour Sakura, Lionel Bourguet pour Kakashi : ce quatuor de départ ne sera modifié qu'une seule fois, et bien plus tard. Autour d'eux gravite une trentaine de comédiens qui se partagent les clans de la Feuille, les villages rivaux et l'immense galerie de personnages secondaires.
C'est également pendant cette période que se met en place la logique du multi-rôle. Faute d'un vivier illimité, chaque comédien récupère plusieurs personnages, souvent très éloignés les uns des autres. Thierry Janssen porte à lui seul Chôji Akimichi, Kankurô, Mizuki et Fugaku Uchiwa. Marcha van Boven enchaîne Kurenaï Yûhi, Mebuki Haruno, Hana Inuzuka et Koyuki Kazahana. Le procédé peut surprendre à la lecture d'une distribution complète ; à l'écoute, il passe presque toujours inaperçu, tant les compositions vocales sont distinctes.
Les comédiens de la première série
Carole Baillien
Naruto depuis le premier épisode
Actrice, metteuse en scène et directrice artistique franco-belge, elle prête sa voix à Naruto Uzumaki dès le tout premier épisode et ne l'a jamais quitté. Comme au Japon, où le rôle revient à Junko Takeuchi, une femme incarne le garçon : l'usage préserve la couleur juvénile du personnage sur toute la durée de la saga.
Christophe Hespel
Sasuke sur les trois séries
Formé au conservatoire de Mons, ce comédien né à Tournai tient Sasuke Uchiwa sur la série d'origine, sur Shippuden et sur Boruto. Sa diction tendue, presque retenue, colle au dernier héritier du clan. Il double par ailleurs Sukea, Sekki et Menma dans la même franchise. Installé à Londres depuis 2022, il continue d'enregistrer le personnage à distance.
Maia Baran
La Sakura des origines
Comédienne belge née à Bruxelles en 1977 et formée à l'Institut des arts de diffusion de Louvain-la-Neuve, elle double Sakura Haruno sur la première série puis sur Shippuden, avant de la reprendre sur Boruto. Ailleurs, on l'entend sur Piper Chapman dans Orange Is the New Black. Son rôle connaîtra pourtant une longue interruption.
Lionel Bourguet
Le premier Kakashi
Comédien belge, il installe le flegme de Kakashi Hatake dès les premiers épisodes et tient le rôle jusqu'à l'épisode 319 de Shippuden, soit plus de cinq cents épisodes cumulés. Pour beaucoup de spectateurs francophones, il reste la seule voix possible du ninja copieur.
Jean-Pierre Denuit
Directeur artistique et Shikamaru
Acteur, humoriste et formateur belge passé par le Conservatoire royal de Bruxelles, il dirige les cent six premiers épisodes. Il double dans le même temps Shikamaru Nara, Rock Lee, Udon et Akamaru. Il conservera Shikamaru et Rock Lee sur Shippuden puis sur Boruto, soit deux décennies au même poste.
Olivier Cuvellier
Jiraya, l'ermite au micro
Acteur, metteur en scène et directeur artistique belge formé à l'Institut des arts de diffusion, il prend Jiraya dès l'apparition du Sannin et le garde jusqu'à Boruto. Le mélange de gouaille et de gravité qu'il donne à l'ermite explique en grande partie l'émotion de ses derniers épisodes.
Peppino Capotondi
Orochimaru et trente autres rôles
Comédien et metteur en scène belgo-italien né à Charleroi, il double Orochimaru sur les trois séries, mais aussi Gamakichi, Sakumo Hatake, Jirôbô et une longue liste de seconds rôles. Particularité de la VF : lorsque le Sannin occupe un corps féminin, c'est Muriel Buki qui prend le micro.
Laurence César
Tsunade, de bout en bout
Actrice et directrice artistique belge née à Mons, elle incarne Tsunade dès l'arrivée du personnage et la suit sur toute la saga, jusqu'à Boruto. Son timbre grave et sec sert une cinquième Hokage qui alterne autorité brutale, mauvaise foi assumée et accès de tendresse envers ses proches.
Bruno Georis
La fougue de Maito Gaï
Comédien et dramaturge belge, il prête sa voix à Maito Gaï sur les trois séries. Le rôle exige un registre rare en doublage : hurler la fougue de la jeunesse pendant des saisons entières sans jamais basculer dans le ridicule involontaire. Sa conviction totale est ce qui désamorce le gag.
Tony Beck
Gaara, Shukaku et deux Raikage
Acteur et formateur belge, il double Gaara, mais aussi Ebisu, Aoba Yamashiro, le troisième et le quatrième Raikage, et Shukaku lui-même. Il lui arrive donc de se donner la réplique, l'hôte et le bijû partageant la même voix. Hors de la franchise, on l'entend sur Zoro dans One Piece.
Alexandre Crépet
D'Iruka à Madara
Comédien belge sorti du Conservatoire royal de Bruxelles avec un premier prix, il double Iruka Umino, Shino Aburame, Kakuzu, puis Tobi, Obito et Madara. Autrement dit, la voix rassurante du premier professeur du héros est aussi celle de son adversaire le plus ancien. Le cas le plus vertigineux de la distribution.
Philippe Résimont
Le grondement du Kyûbi
Comédien belge né à Etterbeek, formé à l'Institut des arts de diffusion et membre de la Ligue d'improvisation, il gronde derrière les barreaux du sceau dès les premiers épisodes. Il double Kurama, mais aussi Gyûki, Chôza Akimichi et Ao. Son grain rocailleux fait beaucoup pour l'aura du renard.
Claire Tefnin
Temari, Shizune et Yoshino Nara
Comédienne belge très active en doublage, elle porte Temari sur la première série, ainsi que Shizune, Yoshino Nara, Yûgao Uzuki et Kurotsuchi. Ailleurs, elle est Twilight Sparkle dans My Little Pony. Sur Boruto, elle passera de la stratège de Suna à un personnage plus jeune d'une génération.
Élisabeth Guinand
Hinata et Tenten
Comédienne franco-belge, elle porte Hinata Hyûga et Tenten sur toute la saga, jusque dans Boruto. Le rôle de l'héritière Hyûga tient dans un souffle : elle parle bas, bute sur ses mots, puis hausse le ton une seule fois, face à Pain. Peu de répliques, mais un personnage suivi de près.
Shippuden : cinq cents épisodes chez Chinkel
Pour la seconde série, la production change une dernière fois d'adresse. Les cinq cents épisodes de Naruto Shippuden sont confiés au Studio Chinkel, également connu sous le nom de VSI Bruxelles, sous la direction artistique de Julie Basecqz. L'adaptation des dialogues est signée Ludovic Manchette, Sébastien Manchette et Christian Niemiec ; le premier, entré chez Chinkel en 2007, travaille aussi sur One Piece. Ce marathon compte parmi les plus gros chantiers de doublage jamais menés en Belgique francophone.
La première série avait installé des enfants ; Shippuden demande autre chose. Les personnages ont grandi, le récit devient politique, et la galerie d'antagonistes explose. L'Akatsuki à elle seule impose une dizaine de timbres nouveaux, tous distincts. C'est là que la méthode belge se voit le mieux : quelques comédiens seulement se partagent l'organisation aux nuages rouges, quitte à se donner la réplique.
Julie Basecqz est la figure centrale de cette période. Formée au Conservatoire royal de Bruxelles, où elle décroche un premier prix d'art dramatique en 2000, elle dirige la fin de la première série, l'intégralité de Shippuden puis Boruto. Elle double en parallèle une quarantaine de personnages : Konan, Meï Terumi, Rin Nohara, Chiyo, Mikoto Uchiwa, et jusqu'à Kakashi et Gaara enfants dans les retours en arrière.
Le reste de la troupe se répartit le récit par blocs. Les mentors et les Kage aux comédiens les plus expérimentés, les jeunes ninjas aux voix installées depuis la première série, les figures uniques aux renforts ponctuels. La cohérence tient, y compris sur les arcs les plus denses, où trente personnages peuvent parler dans un même épisode. C'est le genre de contrainte qu'une équipe restreinte gère mieux qu'un plateau élargi.
Shippuden est aussi la période où la version française encaisse ses plus longues séquences de dialogue. Les monologues d'Itachi, les explications de Kabuto Yakushi, les récits de guerre d'Ôbito : le récit de Kishimoto laisse parler ses personnages pendant des épisodes entiers. Ce type d'écriture met la direction artistique sous tension, parce qu'il faut tenir l'attention sans image d'action. Les comédiens les plus expérimentés de la troupe y sont systématiquement placés, ce qui explique la répartition apparemment déséquilibrée de certains rôles.
Les comédiens de Shippuden
Julie Basecqz
Directrice artistique et quarante rôles
Actrice, metteuse en scène et directrice artistique belgo-canadienne née à Ottawa, elle est la figure centrale de la version française. Elle dirige la fin de la première série, tout Shippuden et Boruto, tout en doublant Konan, Meï Terumi, Rin Nohara, Chiyo et une quarantaine d'autres personnages. Elle dirige aussi le doublage de One Piece.
Laurent Vernin
Itachi, presque sans intonation
Acteur et directeur artistique belge né à Bruxelles, il double Itachi Uchiwa dès son apparition et jusqu'à Boruto. Il incarne également le père de Nagato, le daimyô du Pays du Feu et Gengetsu Hôzuki, deuxième Mizukage. Son jeu presque atone rend d'autant plus brutale la révélation finale sur le personnage.
David Manet
Nagato, Pain et Kotetsu
Comédien belge né à Uccle, il interprète Nagato et les corps de Pain, l'antagoniste le plus solennel de la seconde série. On l'entend aussi sur Kotetsu Hagane, croisé dès les premiers épisodes, et sur Hiruzen Sarutobi jeune adulte dans les séquences de flash-back. Le même comédien porte donc le futur Troisième Hokage et celui qui, bien plus tard, réduira son village en cendres.
Jean-Michel Vovk
Kisame, puis Kakashi
Comédien belge, il double d'abord Kisame Hoshigaki, Renga, Kizashi Haruno et Oboro. À partir de l'épisode 320 de Shippuden, il reprend Kakashi Hatake et conserve le rôle sur Boruto. Rare cas d'un comédien qui hérite d'un personnage principal après en avoir doublé un adversaire.
Maxime Donnay
Saï, la neutralité troublante
Comédien et auteur-compositeur-interprète belge diplômé de l'Institut des arts de diffusion, il prête sa voix à Saï dès la formation de l'équipe Kakashi et le conserve sur Boruto. Le rôle exige une neutralité inconfortable : le remplaçant de Sasuke sourit en permanence sans rien ressentir, et la voix doit tenir cet écart.
Laurent Van Wetter
Yamato, capitaine de remplacement
Auteur, dramaturge et comédien belge né en 1963, premier prix d'art dramatique au Conservatoire royal de Bruxelles en 1986, il double Yamato sur tout Shippuden puis sur Boruto. Le personnage est un ancien Anbu chargé d'encadrer l'équipe à la place de Kakashi, et de contenir le chakra du bijû en cas de dérapage.
Nathalie Hugo
Anko, Haku et Sakura
Comédienne et présentatrice belge née à Tournai, formée à l'Institut des arts de diffusion, elle est la voix d'Anko Mitarashi et de Haku. Entre les épisodes 157 et 208 de Shippuden, c'est également elle que l'on entend derrière Sakura Haruno. Ce type de relais temporaire est courant sur les productions très longues.
Valéry Benjilali
Deidara, l'artiste incompris
Il donne à Deidara son emphase de plasticien vexé, celle d'un homme qui tient ses explosions pour des œuvres et supporte mal la contradiction. Le personnage parle beaucoup, argumente sur la nature de l'art en plein combat, et exige donc une voix capable de tenir un discours au milieu de l'action.
Pierre Bodson
Sasori, Fukasaku et Son Gokû
Il double Sasori, le marionnettiste au corps de bois, ainsi que le crapaud Fukasaku, Yaoki et le bijû Son Gokû. Le rôle de Sasori repose sur un contraste précis : une voix d'adulte posée sortant d'un pantin d'apparence adolescente, dont le calme rend la cruauté plus difficile à situer.
Jean-Marc Delhausse
Hidan, Gamabunta, Shibi Aburame
On l'entend sur Hidan, le ninja immortel de l'Akatsuki, mais aussi sur le crapaud géant Gamabunta et sur Shibi Aburame. L'écart entre les trois est considérable : le premier hurle ses invocations rituelles, le deuxième gronde, le troisième chuchote derrière un col relevé. Trois registres, un seul comédien.
Jean-Paul Clerbois
Les deux moitiés de Zetsu
Comédien et metteur en scène belge né à Etterbeek, il porte à lui seul les deux moitiés de Zetsu, la blanche et la noire. Le personnage se répond donc à lui-même avec une seule voix, sur la première série comme sur Shippuden. Peppino Capotondi le remplace ponctuellement à l'épisode 73 de la seconde série.
Thierry Janssen
Chôji, Kankurô et Jûgo
Acteur, auteur et adaptateur belge né à Uccle, diplômé de l'Institut des arts de diffusion, il double Chôji Akimichi, Kankurô, Jûgo, Fugaku Uchiwa et Mizuki. Hors de la franchise, il est la voix de plusieurs grands antagonistes de One Piece, dont Crocodile, Wapol et Don Krieg.
Xavier Percy
Kiba, Neji et Akamaru
Comédien, auteur et metteur en scène belge né à Bruxelles, il double Kiba Inuzuka et Neji Hyûga sur la série comme sur les films. Il reprend également Kimimaro pendant la quatrième grande guerre ninja et prête sa voix à Akamaru sous sa forme d'homme-bête, ce qui reste un exercice à part.
Gauthier de Fauconval
Minato, l'Éclair jaune
Il double Minato Namikaze, quatrième Hokage. Le personnage n'existe d'abord qu'en silhouette dans les retours en arrière, puis prend toute sa place dans la seconde moitié de Shippuden, au moment du sceau et de la guerre. Une voix qui arrive tard mais s'impose vite dans l'oreille des spectateurs.
Prunelle Rulens
Kushina Uzumaki
Actrice belge, elle prête sa voix à Kushina Uzumaki, la mère du héros, ainsi qu'à Nonô Yakushi. Le rôle est court mais décisif : il n'apparaît qu'en souvenir, à l'intérieur du sceau, et doit faire tenir toute une histoire familiale en quelques scènes rassemblées sur une poignée d'épisodes.
Frédéric Meaux
Killer Bee et Chôjûrô
Il double Killer Bee, le jinchûriki rappeur de Kumo, ainsi que Dan Katô, Kagami Uchiwa et Chôjûrô. Le premier de ces rôles est un cas particulier : le personnage rime en permanence, et l'adaptation française doit conserver le débit et la rime sans trahir le sens de la réplique.
Boruto : la même troupe, une génération plus tard
La version française de Boruto: Naruto Next Generations arrive sur Game One le 28 mai 2018 et s'achève le 17 octobre 2024. Le doublage reste au Studio Chinkel, la direction artistique reste à Julie Basecqz, et l'adaptation des dialogues passe à Marie-Line Furlan, Julie Leroy et Joffrey Grosdidier. L'ingénierie du son est assurée par Fabrizio de Patre et Benjamin Remize, le mixage par Julien Campuzano.
Le plus remarquable est ailleurs : la troupe historique répond présent. Carole Baillien continue de doubler un héros devenu septième Hokage, Christophe Hespel reste Sasuke, Jean-Michel Vovk garde Kakashi, Jean-Pierre Denuit conserve Shikamaru et Rock Lee, Élisabeth Guinand reste Hinata. Sur une suite lancée douze ans après les premiers enregistrements, une telle continuité de casting n'a rien d'évident.
Quelques comédiens changent de génération plutôt que de série. Claire Tefnin, qui doublait Temari, passe à Sarada Uchiwa tout en gardant Temari Nara : elle se donne donc la réplique en famille. Maxime Donnay reste sur Saï, devenu père. Thierry Janssen garde Chôji, dont la fille arrive avec sa propre voix. La transmission des rôles suit exactement celle du récit.
Autour d'eux se greffe une nouvelle génération de comédiens, chargée de la nouvelle génération de personnages. Fabienne Loriaux prend le rôle-titre, Thibaut Delmotte celui de Mitsuki, Marvin Schlick celui de Kawaki. Le procédé reproduit ce que fait la série elle-même : les anciens restent en place, occupent les postes de commandement, et les enfants parlent par-dessus eux.
Le casting de Boruto est aussi le plus étoffé des trois. La série multiplie les élèves de l'Académie, les shinobi étrangers et les membres de l'organisation Kara, ce qui oblige le studio à ouvrir largement son carnet d'adresses. De nombreux comédiens y font leur apparition, dont beaucoup n'avaient jamais travaillé sur la franchise. Le socle historique, lui, ne bouge pas : il sert de repère au spectateur et de garantie de continuité entre deux séries séparées par plus d'une décennie de production.
Les comédiens de Boruto
Fabienne Loriaux
La voix de Boruto
Actrice belge titulaire d'un premier prix d'art dramatique du Conservatoire royal de Bruxelles, elle prête sa voix au fils du septième Hokage. Le rôle-titre demande d'exister à côté d'une voix déjà installée depuis douze ans, celle du père, sans l'imiter ni la contredire frontalement. Elle tient le personnage sur toute la durée de la série, et le reprend dans le jeu vidéo doublé en français.
Thibaut Delmotte
Mitsuki, le troisième coéquipier
Il double Mitsuki, le fils artificiel d'Orochimaru et troisième membre de la nouvelle équipe 7. Le personnage parle d'une voix égale, presque douce, sans jamais laisser voir ce qu'il pense réellement. Un contre-emploi assumé pour un ninja capable de basculer en mode ermite au milieu d'une phrase.
Marvin Schlick
Kawaki, l'enfant du Karma
Il est la deuxième voix française de Kawaki, l'adolescent marqué par le Karma que le septième Hokage recueille chez lui — Lucas Chauvière ayant lancé le personnage lors de ses premières apparitions. Le rôle traverse toute la seconde moitié de la série et impose un registre rugueux, hostile, qui s'adoucit très progressivement au contact de la famille Uzumaki. Une trajectoire vocale rare dans la franchise.
Maïa Aboueleze
Metal Lee et Isago
Elle double Metal Lee, le fils de Rock Lee, ainsi qu'Isago. Le personnage hérite du survêtement vert et de la coupe au bol de son père, mais aussi d'un trac paralysant qui le fige dès qu'on le regarde. La voix doit rendre ce tremblement audible sans jamais le caricaturer.
Sébastien Hébrant
Shikadai, Darui et Suigetsu
Il prête sa voix à Shikadai Nara, le fils du stratège, ainsi qu'à Darui, devenu Raikage, et à Suigetsu Hôzuki. Trois personnages que rien ne rapproche, si ce n'est une même nonchalance de surface : Shikadai soupire, Darui commente, Suigetsu se moque. Le comédien joue sur la même corde molle.
Alice Moons
Chôchô Akimichi
Elle double Chôchô Akimichi, la fille de Chôji, ainsi que Hako Kuroi. Le personnage tient une place comique dans l'équipe 10 nouvelle formule, mais le rôle demande surtout un aplomb constant : Chôchô ne doute jamais d'elle-même, et la voix doit porter cette assurance sans la fissurer.
Helena Coppejans
Himawari et Namida
Elle double Himawari Uzumaki, la petite sœur du héros, ainsi que Namida Suzumeno et Tatsumi. Le rôle de la cadette Uzumaki évolue beaucoup au fil de la série : d'abord enfant, elle gagne progressivement en présence, ce qui oblige la voix à suivre une croissance étalée sur des années d'enregistrement.
Stéphane Pelzer
Inojin Yamanaka
Il prête sa voix à Inojin Yamanaka, le fils de Saï et d'Ino, héritier à la fois des techniques d'encre et de la lecture des esprits. Le personnage a récupéré la franchise brutale de son père : il dit exactement ce qu'il pense, avec une politesse impeccable et un sens du timing désastreux.
Fabian Finkels
Momoshiki, la divinité dédaigneuse
Il double Momoshiki Ôtsutsuki, l'antagoniste du film, après avoir prêté sa voix à Indra Ôtsutsuki dans Shippuden. Le rôle repose sur un dédain souverain : Momoshiki parle du destin comme d'un jeu et traite les ninjas les plus puissants du monde en curiosités de collection. Il faut une voix capable de mépriser sans jamais hausser le ton. Iwabê Yuino, le redoublant de l'Académie, revient pour sa part à Fabrizio de Patre.
Benjamin Thomas
Jigen, le vaisseau de Kara
Il interprète Jigen, chef apparent de l'organisation Kara et corps d'accueil d'un Ôtsutsuki. Le rôle demande une neutralité glaçante : Jigen ne hausse jamais la voix, y compris face aux ninjas les plus puissants du monde, et cette politesse permanente fait tout l'effet du personnage. Un antagoniste qui n'élève jamais le ton reste un exercice difficile en doublage.
Pierre Lognay
Konohamaru, Toneri et Ryûki
Il double Konohamaru Sarutobi, devenu jônin et professeur de la nouvelle équipe 7, ainsi que Toneri Ôtsutsuki et Ryûki. Sur les séries précédentes, on l'entendait déjà sur Sora, Yahiko et Tobirama Senju : c'est l'un des comédiens dont le rôle principal a le plus gagné en importance.
Julie Carbonez
Denki Kaminarimon
Elle prête sa voix à Denki Kaminarimon, l'élève de l'Académie passionné d'outils scientifiques ninjas. Le personnage incarne à lui seul le virage technologique de la suite animée : il pense en circuits plutôt qu'en sceaux, et sa voix tranche volontairement avec celles des ninjas de terrain.
Les changements de voix en cours de série
Sur sept cent vingt épisodes étalés sur douze années de diffusion française, quelques relais étaient inévitables. Ce qui frappe, dans cette VF, c'est plutôt leur rareté : le noyau du casting n'a pratiquement pas bougé, et les remplacements définitifs se comptent sur les doigts d'une main. Voici les cas que l'oreille attentive finit par repérer.
Un principe se dégage de la liste. Lorsqu'un rôle change de titulaire, ce n'est presque jamais au milieu d'une scène décisive. Les relais tombent en début d'arc, ou pendant une longue absence du personnage à l'écran, ce qui limite beaucoup l'effet de rupture pour le spectateur.
Les relais définitifs
Kakashi Hatake : Lionel Bourguet tient le rôle jusqu'à l'épisode 319 de Shippuden ; Jean-Michel Vovk le reprend à partir du 320 et le conserve sur Boruto.
Shizune : Claire Tefnin porte l'assistante de Tsunade sur la première série, Géraldine Frippiat la reprend sur Shippuden.
Inoichi Yamanaka : le rôle revient d'abord à Franck Dacquin, avant que Laurent Vernin ne l'assure en remplacement.
Moegi : Coralie Vanderlinden tient le personnage, avec Alexandra Correa en voix de remplacement, avant que Marie-Line Landerwijn ne le reprenne sur Boruto.
Kawaki : Lucas Chauvière lance le personnage sur Boruto, avant que Marvin Schlick ne reprenne le rôle et le tienne jusqu'à la fin de la série.
Les relais temporaires
Sakura Haruno : Nathalie Hugo remplace Maia Baran entre les épisodes 157 et 208 de Shippuden.
Temari : Cathy Boquet, par ailleurs voix de Karin, assure le rôle sur les trente-deux premiers épisodes de Shippuden.
Tobirama Senju : plusieurs comédiens se succèdent, dont Martin Spinhayer, Pierre Lognay et Thierry Janssen le temps de l'épisode 211 de Shippuden.
Kurotsuchi : Claire Tefnin porte la kunoichi d'Iwa, mais Élisabeth Guinand la remplace sur l'épisode 280 de Shippuden.
Zetsu : Jean-Paul Clerbois double les deux moitiés du personnage, avec un passage de Peppino Capotondi à l'épisode 73 de Shippuden.
Les exceptions des longs métrages
Kakashi au cinéma : Franck Dacquin l'interprète sur le deuxième film de Shippuden, alors que la série télévisée est encore tenue par Lionel Bourguet.
Mebuki Haruno : Marcha van Boven double la mère de Sakura à la télévision, Julie Basecqz la reprend sur le sixième film de Shippuden.
Hana Inuzuka : le rôle passe de Marcha van Boven à Julie Basecqz le temps de l'épisode 307 de Shippuden.
Haku : Marcha van Boven l'assure sur les épisodes 261 à 266 de Shippuden, alors que Nathalie Hugo le double ailleurs.
Le cas Orochimaru
Un rôle, deux voix : Peppino Capotondi tient le Sannin sur les trois séries, mais Muriel Buki prend le relais lorsqu'il occupe un corps féminin.
Une logique d'apparence : le changement suit le corps du personnage et non son identité, choix exactement inverse de celui retenu pour Zetsu.
Un précédent rare : très peu de rôles de la franchise sont ainsi partagés entre deux comédiens selon la situation à l'écran.
Ce que la VF traduit, ce qu'elle laisse en japonais
L'adaptation française n'a pas appliqué de règle unique : elle a trié. Une bonne partie des techniques de combat passe en français, avec des formules imagées, tandis qu'un pan entier du vocabulaire reste intact. Ainsi le Rasengan devient l'Orbe Tourbillonnant, quand le Sharingan conserve son nom d'origine.
La frontière n'est pas arbitraire. Elle sépare grossièrement ce qui relève du geste, traduit pour rester compréhensible en pleine action, et ce qui relève du mythe ou de l'institution, laissé en japonais parce qu'aucun équivalent français ne produirait le même effet.
Traduit : les techniques de combat
Rasengan : Orbe Tourbillonnant, formule longue mais qui décrit exactement le mouvement du chakra en rotation.
Chidori : les Mille Oiseaux, traduction littérale du japonais et allusion au bruit de la foudre concentrée.
Raikiri : l'Éclair Pourfendeur, version amplifiée de la précédente, réservée à la variante de Kakashi.
Kage bunshin no jutsu : le Multi Clonage, choix de concision pour une technique répétée des centaines de fois.
Katon, Gôkakyû no jutsu : Katon, Boule de Feu Suprême, avec le préfixe élémentaire japonais conservé en tête.
Non traduit : les pouvoirs oculaires
Sharingan : la roue tournante des Uchiwa garde son nom, comme tous les dôjutsu de la franchise.
Byakugan : l'œil blanc des Hyûga conserve lui aussi son appellation d'origine, jamais francisée.
Rinnegan : même traitement pour le plus rare des trois, ainsi que pour le Mangekyô Sharingan.
Dôjutsu : le terme générique lui-même reste japonais, dans les dialogues comme dans le manga.
Non traduit : les titres et les objets
Hokage : le titre du chef de village reste intact, de même que Kazekage, Mizukage, Raikage et Tsuchikage.
Jônin, chûnin, genin : les rangs shinobi gardent leur nom japonais, avec les circonflexes de la traduction Kana.
Bijû et jinchûriki : les démons à queues et leurs hôtes conservent leurs deux termes, jamais remplacés par une périphrase.
Hitai-ate : le bandeau frontal est tantôt appelé ainsi, tantôt simplement bandeau, selon les répliques.
Le cas du tic de langage
Dattebayo : en japonais, le héros termine ses phrases par cette interjection sans équivalent, héritée de sa mère.
Believe it : le doublage anglais en a fait un slogan répété, solution que la version française n'a pas retenue.
Le choix français : les interjections varient selon le contexte, ce qui coûte la signature mais évite la répétition mécanique.
Uchiwa, Jiraya, Kyûbi : un lexique hérité du manga
Les noms propres de la version française ne viennent pas du studio de doublage. Ils viennent du manga traduit chez Kana, publié à partir de mars 2002, soit près de quatre ans avant les premiers épisodes doublés. Quand les comédiens ouvrent leur script, la nomenclature est déjà arrêtée. Cette antériorité explique pourquoi la VF écrit et prononce certains noms autrement que les sources anglophones, découvertes plus tard par le public sur internet.
Le cas le plus discuté reste celui du clan au Sharingan. En français, Sasuke et Itachi s'appellent officiellement Uchiwa. Le nom dérive du mot japonais uchiwa, l'éventail rigide qui attise les flammes et qui constitue le blason du clan. La traduction française a préféré rendre ce jeu de mots audible plutôt que suivre la romanisation la plus répandue à l'international.
Même logique pour l'ermite des crapauds. Les sources anglophones écrivent Jiraiya, du nom du héros de conte japonais dont le personnage est inspiré ; la version française a retenu Jiraya, plus court à dire et plus simple à caler sur la bouche. Les trois Sannin illustrent bien ce traitement : deux noms conservés tels quels, un troisième légèrement raboté pour l'oral.
Enfin, la traduction Kana a systématisé les accents circonflexes pour marquer les voyelles longues du japonais. C'est de là que viennent Kyûbi, bijû, jinchûriki, jônin, chûnin, Chôji, Kankurô ou Neji Hyûga. Cette convention, très visible à l'écrit, ne s'entend pratiquement pas à l'oral, mais elle signe immédiatement un texte français officiel face à une traduction amateur reprise de l'anglais.
Ce lexique n'est pas seulement une affaire d'orthographe : il crée deux vocabulaires parallèles pour une même série. Le spectateur qui a grandi avec la version française parle d'Uchiwa, de Jiraya et d'Orbe Tourbillonnant ; celui qui a suivi les sources anglophones parle d'Uchiha, de Jiraiya et de Rasengan. Les deux camps désignent exactement les mêmes choses, ce qui n'a jamais empêché les forums francophones de s'écharper sur la question.
Reste que la cohérence a été tenue. Sur vingt ans, trois séries, onze longs métrages et des dizaines de milliers de répliques, la nomenclature française n'a pratiquement pas varié. Les studios successifs ont repris le vocabulaire posé par le manga plutôt que de le retoucher au passage. C'est un choix éditorial invisible, mais c'est lui qui permet de passer d'un épisode de 2006 à un épisode de 2024 sans jamais avoir à réapprendre un nom.
La VF hors de la télévision : onze films et une manette
La franchise compte onze longs métrages : trois pour la première série, huit pour Shippuden. Tous n'ont pas connu le même sort en français. Les trois premiers sont diffusés en version française sur Game One au printemps 2009, les deux premiers films de Shippuden en mai 2010, le troisième en septembre de la même année, puis les suivants au fil de 2011 et 2012.
Le doublage des films suit globalement le casting télévisé, avec quelques écarts notables. Franck Dacquin interprète Kakashi sur le deuxième film de Shippuden, alors que la série est encore tenue par Lionel Bourguet. Nathalie Hugo assure Sakura sur le quatrième film. Julie Basecqz reprend Mebuki Haruno sur le sixième, rôle qu'elle ne tient pas à la télévision.
Le jeu vidéo est longtemps resté à part. Deux exceptions seulement : Naruto: Rise of a Ninja (2007) et Naruto: The Broken Bond (2008), développés par Ubisoft Montréal pour la Xbox 360, sont sortis avec une piste française — mais enregistrée hors de la troupe de l'anime, avec d'autres comédiens. Tout le reste du catalogue est arrivé en France en voix japonaises sous-titrées. Naruto x Boruto: Ultimate Ninja Storm Connections, sorti le 17 novembre 2023, change la donne : c'est le premier jeu de la franchise doublé par les comédiens officiels de la série animée.
Le chantier a été confié aux comédiens officiels de l'anime et couvre plus de cent trente personnages jouables, au terme de plusieurs mois de studio. Julie Basecqz, directrice artistique de la série, a elle-même relayé l'annonce de la distribution française. Pour le public francophone, c'est la première fois que ces voix sortent du cadre de la télévision pour passer dans la manette.
Ce décalage entre le cinéma et la télévision explique quelques bizarreries d'écoute. Un spectateur qui enchaîne un long métrage et l'épisode suivant peut entendre deux Kakashi différents à quelques minutes d'intervalle, sans que rien ne soit arrivé au personnage entre-temps. Le phénomène tient à la chronologie des enregistrements : les films sont doublés séparément, puis diffusés en France plusieurs années après leur sortie japonaise, dans un ordre qui ne suit pas celui de la série.
Le récapitulatif des voix principales
Personnage
Voix française
Période
Autres rôles du comédien
Naruto Uzumaki
Carole Baillien
Des premiers épisodes à Boruto
Bloom dans Winx Club, Donna Noble dans Doctor Who
Sasuke Uchiwa
Christophe Hespel
Les trois séries
Sukea, Sekki, Menma, Toki
Sakura Haruno
Maia Baran
Première série, Shippuden, Boruto
Piper Chapman dans Orange Is the New Black
Sakura Haruno
Nathalie Hugo
Shippuden, épisodes 157 à 208
Anko Mitarashi, Haku
Kakashi Hatake
Lionel Bourguet
Jusqu'à l'épisode 319 de Shippuden
Todoroki
Kakashi Hatake
Jean-Michel Vovk
À partir de l'épisode 320, puis Boruto
Kisame Hoshigaki, Kizashi Haruno
Jiraya
Olivier Cuvellier
Première série, Shippuden, Boruto
Hotarubi
Tsunade
Laurence César
Première série, Shippuden, Boruto
Directrice artistique de doublage
Orochimaru
Peppino Capotondi
Les trois séries
Gamakichi, Sakumo Hatake, Jirôbô
Itachi Uchiwa
Laurent Vernin
Première série, Shippuden, Boruto
Gengetsu Hôzuki, le daimyô du Pays du Feu
Obito et Madara Uchiwa
Alexandre Crépet
Shippuden
Iruka Umino, Shino Aburame, Kakuzu
Nagato et les corps de Pain
David Manet
Shippuden
Kotetsu Hagane, Hiruzen jeune adulte
Gaara
Tony Beck
Les trois séries
Ebisu, Shukaku, troisième et quatrième Raikage
Kurama, le Kyûbi
Philippe Résimont
Les trois séries
Gyûki, Chôza Akimichi, Ao
Boruto Uzumaki
Fabienne Loriaux
Boruto
Rôle-titre de la suite animée
RECAP — ce qu'il faut retenir
La version française de Naruto est un objet belge. Elle naît dans le sillage de l'éditeur Kana, installé entre Paris et Bruxelles, et s'enregistre pendant près de vingt ans dans trois studios successifs : Made in Europe pour les cent cinquante-six premiers épisodes, Sonciville jusqu'au deux cent vingtième, Chinkel pour les cinq cents épisodes de Shippuden puis pour Boruto. Trois directions artistiques se relaient, Jean-Pierre Denuit, Emmanuel Lienart et Julie Basecqz, cette dernière tenant la barre sur les deux tiers du chantier.
Le casting principal, lui, ne bouge presque pas. Carole Baillien, Christophe Hespel, Maia Baran, Olivier Cuvellier, Laurence César, Peppino Capotondi, Tony Beck, Philippe Résimont ou Jean-Pierre Denuit traversent les trois séries sans interruption. Un seul rôle majeur change définitivement de titulaire : Kakashi, confié à Jean-Michel Vovk à partir de l'épisode 320 de Shippuden. Les autres relais sont temporaires et se comptent sur les doigts d'une main.
L'autre signature de cette VF est son lexique, hérité du manga traduit avant même l'arrivée de l'anime. Uchiwa plutôt qu'Uchiha, Jiraya sans le second i, des circonflexes partout, des techniques rendues en Orbe Tourbillonnant et en Mille Oiseaux, mais des dôjutsu et des titres de village laissés intacts. Le résultat est une troupe restreinte, où chaque comédien porte dix à quarante personnages et où le directeur artistique double lui-même. Une méthode contrainte, devenue une identité sonore que deux générations de spectateurs francophones reconnaissent immédiatement.
Questions fréquentes
Qui double Naruto en version française ?
Carole Baillien, actrice, metteuse en scène et directrice artistique franco-belge. Elle tient le rôle depuis le premier épisode diffusé en France en 2006 et le conserve sur Boruto. Comme au Japon, où le personnage revient à Junko Takeuchi, c'est une femme qui incarne le garçon.
Où la VF de Naruto a-t-elle été enregistrée ?
À Bruxelles, dans trois studios successifs : Made in Europe pour les épisodes 1 à 156, Sonciville pour les épisodes 157 à 220, puis Chinkel, également appelé VSI Bruxelles, pour les cinq cents épisodes de Shippuden et pour l'ensemble de Boruto.
Pourquoi Kakashi change-t-il de voix en cours de série ?
Lionel Bourguet tient le rôle jusqu'à l'épisode 319 de Shippuden. Jean-Michel Vovk le reprend à partir de l'épisode 320 et le conserve sur Boruto. Vovk doublait déjà Kisame Hoshigaki dans la même série, ce qui en fait l'un des rares comédiens à avoir joué les deux camps.
Pourquoi la VF écrit-elle Uchiwa et non Uchiha ?
Parce que le nom du clan dérive du mot japonais uchiwa, l'éventail rigide qui attise les flammes et qui sert de blason. La traduction du manga chez Kana a choisi de rendre ce jeu de mots lisible en français, et le doublage a simplement suivi la nomenclature déjà publiée.
Combien d'épisodes ont été doublés en français ?
Sept cent vingt pour les deux premières séries : deux cent vingt pour la série d'origine, cinq cents pour Shippuden. S'y ajoutent les onze longs métrages et près de trois cents épisodes de Boruto, diffusés en français entre mai 2018 et octobre 2024.
Qui dirige le doublage français de la franchise ?
Trois directions artistiques se succèdent sur la première série : Jean-Pierre Denuit pour les épisodes 1 à 106, Emmanuel Lienart de 107 à 156, puis Julie Basecqz de 157 à 220. Cette dernière dirige ensuite l'intégralité de Shippuden et de Boruto, tout en doublant une quarantaine de personnages.
Existe-t-il un jeu Naruto doublé en français ?
Oui, et pas seulement le dernier. Ubisoft avait déjà doublé en français Naruto: Rise of a Ninja (2007) et Naruto: The Broken Bond (2008) sur Xbox 360, mais avec des comédiens étrangers à la série. Naruto x Boruto: Ultimate Ninja Storm Connections, sorti le 17 novembre 2023, est le premier à faire appel aux comédiens officiels de l'anime, sur plus de cent trente personnages jouables.
Pourquoi Naruto ne dit-il pas dattebayo en français ?
Parce que l'expression n'a pas d'équivalent direct. En japonais, c'est un tic de langage hérité de sa mère Kushina. Le doublage anglais l'a transformé en slogan répété ; la version française a préféré varier les interjections selon le contexte, au prix de cette signature.
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